En bref

  • Les normes du laboratoire disent si vous êtes malade, pas si votre corps a ce qu’il lui faut pour être en forme.
  • La ferritine, la thyroïde résumée à la seule TSH et les carences « limites » passent souvent à travers les mailles.
  • Votre fatigue est peut-être aussi la facture de tout ce que vous portez sans que ça se voie. Les deux pistes se regardent ensemble.

Vous avez fini par la faire, cette prise de sang. Vous l’avez repoussée pendant des mois parce qu’il y avait toujours plus urgent, et puis un matin vous vous êtes surprise à relire trois fois le même mail sans le comprendre. Là, vous avez pris rendez-vous.

Les résultats arrivent un mardi soir, entre le bain des enfants et un message du boulot auquel il faut absolument répondre. Vous ouvrez le PDF debout dans le couloir : pas d’astérisque, aucune valeur en gras, tout est dans les normes. Quelques jours plus tard, votre médecin vous le confirme avec un sourire rassurant : « Tout va bien. Vous êtes peut-être un peu stressée en ce moment ? » (Traduction : rentrez chez vous, ça va passer.)

Et vous ressentez deux choses en même temps. Du soulagement, parce que personne n’a envie d’apprendre qu’elle est malade. Et une déception que vous n’oseriez avouer à personne, parce qu’une petite partie de vous espérait un chiffre. Un fer bas, une thyroïde paresseuse, n’importe quoi qui aurait expliqué pourquoi vous êtes KO depuis des mois alors que, sur le papier, votre vie va bien.

Le lendemain, vous vous levez avec la même fatigue, plus la preuve noir sur blanc que vous n’avez aucune raison d’être aussi épuisée. Alors vous en tirez la conclusion qui vous paraît logique : si le corps va bien, le problème, c’est vous. Il vous manque de l’organisation, de la volonté, sûrement un peu de sport, et vous repartez en vous promettant de vous coucher plus tôt.

Ce que vous avez déjà essayé

Vous n’êtes pas restée les bras croisés, on est d’accord. Vous vous êtes couchée plus tôt, au moins les soirs où il n’y avait pas encore une machine à lancer. Vous avez pris du magnésium, puis de l’ashwagandha, puis le complexe « énergie » que la pharmacienne vous a conseillé. Vous avez réduit le café, et vous l’avez remis parce que sans lui la matinée ne passait pas. Vous avez peut-être même pris une semaine de vacances, dont vous êtes revenue aussi fatiguée qu’avant, avec en prime la culpabilité de ne pas en avoir « profité ».

Rien de tout ça n’est absurde. Seulement, toutes ces solutions partent du même principe : il vous manquerait une chose, et en la trouvant, la fatigue partirait. Dans ma pratique, la fatigue qui résiste à un bilan normal vient très rarement d’une seule chose. Elle vient d’un écart entre ce que votre corps a en réserve et ce que vous lui demandez de dépenser tous les jours. Et le bilan de routine ne regarde qu’un côté de cet écart, et encore, pas en entier.

« Normal » ne veut pas dire « en forme »

« Mon bilan est normal. » Je l’entends très souvent en premier rendez-vous, en général chez des femmes qui arrivent à fonctionner malgré tout au quotidien (mais à quel prix ?).

Les normes imprimées sur votre compte rendu répondent à une question précise : est-ce que vous êtes malade ? Elles sont faites pour repérer une carence franche ou une maladie installée, et c’est très utile. Mais elles ne répondent pas à la question que vous vous posez, vous : pourquoi je n’ai plus d’énergie ?

La vitamine D l’illustre bien. Le seuil de carence retenu par les recommandations françaises, 10 ng/mL, correspond au risque de rachitisme chez l’enfant et d’ostéomalacie chez l’adulte, c’est-à-dire d’os qui se déforment ou se ramollissent. Les mêmes recommandations visent au moins 30 ng/mL. Entre les deux, il y a de la place pour être « pas carencée » et loin de son optimal.

C’est toute la différence entre les normes du labo et les normes fonctionnelles. Les premières disent si vous êtes malade. Les secondes cherchent les taux auxquels le corps a vraiment de quoi fonctionner : fabriquer ses neurotransmetteurs, produire son énergie, tenir le choc. Et ce n’est pas une lubie, c’est documenté.

La ferritine, et le piège de l’inflammation

La ferritine reflète vos réserves de fer. On peut avoir des réserves basses sans être anémiée : l’hémoglobine est normale, la numération aussi, et la ferritine passe sous les radars, soit parce qu’elle n’a pas été demandée, soit parce qu’elle est « dans les normes » à un niveau très bas. Une étude publiée en 2012 dans le Canadian Medical Association Journal a suivi 198 femmes fatiguées, non anémiées, avec une ferritine inférieure à 50 µg/L : après douze semaines de fer, leur fatigue avait baissé de 48 %, contre 29 % sous placebo.

Il y a un deuxième piège, moins connu. La ferritine monte aussi quand il y a de l’inflammation dans le corps. Une ferritine « normale », voire haute, peut donc cacher des réserves de fer basses. C’est pour ça qu’on ne la lit jamais seule : on la regarde avec un marqueur d’inflammation (la CRP) et avec le coefficient de saturation de la transferrine, qui dit combien de fer circule vraiment.

Et ça ne se limite pas à la fatigue. Une grande étude taïwanaise publiée en 2020 dans BMC Psychiatry a montré que les personnes atteintes d’anémie par manque de fer avaient un risque plus élevé de troubles anxieux et dépressifs, et que ce risque était plus faible chez celles qui avaient reçu du fer. Autrement dit, un manque de fer peut ressembler à une dépression. Ce n’est pas le cas de tout le monde, mais ça vaut la peine de vérifier avant de conclure que tout se passe dans votre tête.

La TSH normale, l’autre grand classique

Vous êtes frileuse au point de garder un gilet en plein mois de juin. Vous avez l’impression de penser à travers du coton. Tout vous demande deux fois plus d’effort qu’avant, et vous êtes épuisée en permanence. Votre TSH est normale, donc on vous dit que votre thyroïde va bien.

La TSH est l’hormone qui demande à la thyroïde de travailler. Elle ne dit pas tout de ce qui se passe ensuite. Juger la thyroïde sur la seule TSH, c’est un peu comme dire qu’une élève est bonne en français et en maths parce qu’elle a une bonne moyenne au bac, alors qu’elle a eu 19 en français et 3 en maths. Pour savoir où ça coince, il faut au moins regarder la T4 libre et la T3 libre, l’hormone active.

Or depuis 2024, en France, la TSH se dose seule en première intention : la T4 libre et la T3 libre ne viennent qu’ensuite, selon le résultat de la TSH ou dans des situations précises. Résultat : quand la TSH est normale, on les dose de moins en moins, et des symptômes passent à la trappe. Le stress prolongé peut d’ailleurs jouer sur cet axe, notamment sur la transformation de la T4 en T3 active. Ça ne fait pas de vous une malade de la thyroïde, mais ça mérite qu’on regarde de plus près plutôt que de s’arrêter à un seul chiffre.

Je ne suis pas médecin, et je ne joue pas au médecin. Je ne vous dis pas que vous avez une carence ou un problème de thyroïde : je n’en sais rien, et c’est à votre médecin d’en juger. Je vous dis qu’un bilan normal ne prouve pas que votre fatigue n’a aucune cause dans votre corps, et encore moins qu’elle est « dans votre tête ».

Regarder les liens, pas seulement les chiffres

L’approche fonctionnelle ne consiste pas seulement à remplacer une norme par une autre. Elle consiste à lire les résultats ensemble, comme un système. Un sodium normal et un potassium normal peuvent avoir un rapport entre eux qui, lui, ne l’est pas. Une B12 au plafond chez une femme qui ne mange jamais de viande invite à chercher ailleurs, du côté de l’intestin par exemple. Une ferritine correcte avec une CRP élevée ne raconte pas la même histoire qu’une ferritine correcte sans inflammation.

C’est un travail de fond, et il demande une vraie formation. Si vous voulez creuser ce côté-là, des praticiennes formées à cette lecture peuvent vous aider, en lien avec votre médecin. Je travaille notamment avec Estelle Castellanos, spécialiste des situations où personne n’a trouvé la cause, et avec Laurence Pinelli, naturopathe micronutritionniste.

L’autre côté de l’écart : tout ce que votre corps dépense

Vous connaissez ce moment où votre téléphone s’éteint au milieu de l’après-midi alors que la batterie était encore correcte le matin ? En général, ce n’est pas la batterie qui est en cause, ce sont les quarante applis qui tournent en arrière-plan depuis 7 h.

Chez une femme qui porte tout, les applis ouvertes en permanence ressemblent à ça. Vous ne pouvez pas prendre une douche sans repasser mentalement la liste des courses et le prochain rendez-vous du petit. En rentrant, vous lisez le visage de votre conjoint avant même d’avoir posé votre sac, et vous ajustez votre ton en fonction. Vous répondez depuis ce matin, dans votre tête, au message de votre mère. Et chez vous, ça paraît évident pour tout le monde que la personne à qui il faut demander, quel que soit le sujet, c’est vous.

Rien de tout ça ne se voit, et vous ne le comptez même pas comme du travail. Votre corps, lui, le vit comme une alerte qui ne s’arrête jamais vraiment. Surveiller les micro-expressions des autres, réprimer ce dont vous avez besoin pour que l’ambiance reste bonne, anticiper ce qui pourrait mal tourner : tout ça coûte énormément d’énergie à votre cerveau. Et la nuit, la récupération n’est pas à la hauteur, parce qu’on ne dort pas profondément quand une partie de soi est encore de garde.

C’est le lien que la plupart des femmes ne font pas. D’un côté, des réserves parfois justes, que le bilan ne montre pas ou montre mal. De l’autre, une dépense continue que personne ne mesure, parce qu’elle passe pour un trait de caractère : vous êtes « organisée », « fiable », « celle sur qui on peut compter ». Ensemble, elles expliquent très bien pourquoi vous êtes vidée à 16 h alors que votre bilan dit que tout va bien.

Votre fatigue n’est donc pas une preuve contre vous. Elle est peut-être aussi la facture de tout ce que vous portez sans que ça se voie.

Ce que vous pouvez faire dès cette semaine

Deux choses, une de chaque côté de l’écart.

Côté réserves : reprenez votre compte rendu et regardez ce qui a vraiment été mesuré. Dans une approche fonctionnelle de la fatigue persistante, on regarde le plus souvent :

  • la numération formule sanguine et un bilan martial complet : ferritine, fer sérique, coefficient de saturation de la transferrine, avec une CRP ultrasensible pour savoir s’il y a de l’inflammation ;
  • la vitamine B12 et les folates (vitamine B9), parfois avec l’homocystéine ;
  • la vitamine D (25-OH) ;
  • un bilan thyroïdien complet : TSH, T4 libre, T3 libre, et les anticorps anti-TPO et anti-thyroglobuline ;
  • la glycémie et l’insuline à jeun, l’hémoglobine glyquée (HbA1c), pour voir comment votre corps gère le sucre ;
  • le magnésium, le zinc, l’ionogramme et les fonctions du foie et des reins ;
  • selon votre situation, le cortisol et les hormones du cycle ou de la périménopause.

Ce n’est pas une liste à réclamer en bloc, et une partie n’est pas remboursée. C’est une base pour en parler avec votre médecin, ou avec un praticien formé à l’approche fonctionnelle, qui choisira ce qui a du sens pour vous. Vous ne demandez pas qu’on vous trouve une maladie : vous demandez qu’on écarte une piste avant de conclure que le problème, c’est vous. Et ne vous lancez pas dans une cure de fer à l’aveugle « au cas où » : trop de fer pose aussi problème, c’est justement pour ça qu’on dose avant (je suis sérieuse).

Côté dépense, ça prend une minute par jour. Chaque soir, repérez un seul moment de la journée où une partie de vous surveillait quelque chose que personne ne vous avait demandé : le soupir dans la pièce d’à côté auquel vous avez réagi, le mail relu quatre fois avant de l’envoyer, le repas prévu pour tout le monde sauf vous. Pas besoin de l’écrire ni de l’analyser, et rien à vous reprocher : c’est un relevé, pas un procès. Au bout d’une semaine, ce qui surprend le plus, ce n’est pas un moment en particulier, c’est leur nombre.

Pourquoi comprendre ne suffira pas

Si vous avez lu jusqu’ici, vous allez probablement faire les deux exercices très sérieusement. Les femmes qui portent tout sont d’excellentes élèves. L’erreur la plus fréquente, c’est de penser que parce qu’on le sait, on le fait. Comprendre d’où vient votre fatigue ne ferme aucune appli. Ces réflexes de surveillance se sont installés tôt, souvent bien avant que vous ayez des mots pour les nommer, et ils se déclenchent avant que vous ayez le temps d’y penser. On ne les éteint pas en décidant de le faire : on les remplace, en s’entraînant dans la vraie vie, et c’est un travail qui se fait rarement seule.

Cet article ne remplace ni un avis médical ni un accompagnement. Et si vous cherchez une astuce pour retrouver votre énergie en trois jours, je n’en ai pas, et je me méfierais de quiconque vous en promet une.

Et si on en parlait ?

Si vous vous êtes reconnue dans presque chaque paragraphe, vous saviez sans doute déjà une bonne partie de tout ça. Ce qui manque le plus souvent, c’est quelqu’un qui regarde avec vous les deux côtés en même temps : ce que votre corps a en réserve, et tout ce qu’il dépense pour tenir.

On peut commencer tout simplement, par un appel de 15 minutes, gratuit. Vous me racontez ce qui se passe pour vous, je vous explique comment je travaille, et on voit ensemble si je peux vous aider. Si ce n’est pas le cas, je vous le dis franchement, et je vous oriente vers quelqu’un de plus adapté.

Réserver un échange de 15 minutes

Gratuit, sans engagement.

Questions fréquentes

Peut-on être fatiguée avec un bilan sanguin normal ?

Oui, et c’est fréquent. Un bilan normal signifie que les valeurs mesurées sont dans les normes du laboratoire, qui servent à repérer une maladie. Il ne dit rien de ce qui n’a pas été mesuré, ni de l’écart entre vos réserves et ce que votre quotidien vous demande. Une fatigue qui dure plus de quelques semaines mérite d’en reparler avec votre médecin.

Quelle est la différence entre normes du labo et normes fonctionnelles ?

Les normes du labo indiquent si vous êtes malade ou franchement carencée. Les normes fonctionnelles cherchent les taux auxquels le corps fonctionne bien. On peut être dans les premières et loin des secondes.

Pourquoi ma ferritine est normale alors que je manque de fer ?

La ferritine augmente aussi en cas d’inflammation. Elle peut donc paraître normale, voire haute, alors que les réserves de fer sont basses. On la lit avec la CRP et le coefficient de saturation de la transferrine, et c’est votre médecin qui l’interprète.

Ma TSH est normale, ma thyroïde va-t-elle forcément bien ?

Pas forcément. La TSH est un premier repère, mais elle ne dit pas tout. La T4 libre et la T3 libre complètent le tableau. En France, depuis 2024, elles ne se dosent plus d’emblée avec la TSH : elles viennent en deuxième intention, selon le résultat ou dans des situations précises. Parlez-en avec votre médecin si vos symptômes persistent.

À propos de l’autrice

Marine Wambre est psychopraticienne, formée en neurosciences, en psychologie holistique et aux approches orientées solutions. Elle accompagne en visio, en français et en anglais, des femmes qui ont appris à tout porter et que l’anxiété, la fatigue ou le burn-out ont fini par rattraper, en France, en Suisse et partout où elles vivent. Elle n’est ni médecin ni psychologue : elle ne pose pas de diagnostic et travaille, quand c’est utile, avec le médecin de ses patientes.

Sources

  • Vaucher P, Druais PL, Waldvogel S, Favrat B. Effect of iron supplementation on fatigue in nonanemic menstruating women with low ferritin: a randomized controlled trial. CMAJ, 2012;184(11):1247-1254.
  • Psychiatric disorders risk in patients with iron deficiency anemia and association with iron supplementation medications: a nationwide database analysis. BMC Psychiatry, 2020 (base nationale de Taïwan).
  • Dignass A, Farrag K, Stein J. Limitations of Serum Ferritin in Diagnosing Iron Deficiency in Inflammatory Conditions. International Journal of Chronic Diseases, 2018.
  • GRIO (Groupe de recherche et d’information sur les ostéoporoses). La vitamine D chez l’adulte : recommandations.
  • Décision UNCAM du 22 mars 2024 relative à la liste des actes et prestations pris en charge par l’assurance maladie (bilan thyroïdien), Journal officiel du 30 avril 2024.